Henriette Walter, yezhourez: «O vezañ tost e galon ouzh ar yezh»

Henriette Walter, linguiste: «Il faut aimer sa langue »

interview d'Henriette Walter, linguiste, professeur honoraire de linguistique à l'Université de Haute-Bretagne, présente au Salon du livre de Celti'Vannes (septembre 2006), publiée dans Le Télégramme (Lundi 18 Septembre 2006, édition Vannes-Auray).

Selon votre définition des langues, il y a trois langues parlées en Bretagne depuis des siècles, le breton, le français et le gallo.

Le breton a été introduit à partir du Ve siècle par les Brittons qui sont venus vivre en Bretagne où il y avait encore peut-être des anciens parlant gaulois, langue celtique cousine. Le latin a pris une forme particulière dans l'Est de la Bretagne, ce qui a donné le gallo. La langue française, à partir de la fin du XIIe siècle, s'est répandue dans le royaume. C'était la langue du roi et de la cour, de'la promotion sociale. Elle a recouvert les langues nées du latin, et les autres, comme le breton. La population française a été bilingue, majoritairement, jusqu'au début du XX' siècle et c'est à partir du début du XXe siècle, lorsque les langues régionales ont commencé à perdre du terrain, que les Français sont devenus nuls en langues étrangères *. Autrefois ils avaient la chance d'avoir deux langues à leur disposition, donc une gymnastique intellectuelle leur permettant de passer d'une langue à l'autre, de ne pas confondre le monde avec la langue. Lorsqu'ils ont perdu, majoritairement, cela, alors ils sont devenus les mauvais élèves de l'Europe en langues. De ce point de vue le renouveau des langues régionales doit être favorisé *.

A quel moment introduire leur enseignement ?

La règle, en Europe, est d'apprendre la langue nationale plus une autre langue, l'anglais par exemple. Ma suggestion est que l'on apprenne en second, en priorité, une autre langue du pays. Car il y a un côté affectif. Un enfant aura plus de goût à apprendre la langue de la grand-mère qu'une langue avec laquelle il n'a pas de lien. Il faudrait parler aux enfants une deuxième langue dès la maternelle, mais plutôt la plus proche, la plus pratique aussi car la voisine ou la grand-tante parle gallo ou breton.

Des études montrent que les enfants ayant grandi dans un milieu plurilingue ont acquis une bonne gymnastique pour apprendre d'autres langues, mais ils sont aussi les meilleurs en orthographe, en maths et en histoire !

Comment percevez-vous la situation de la langue bretonne actuellement ?

Les écoles bilingues se développent et sont recherchées par les parents. La situation s'améliore alors que, pendant tout le XXe siècle, les instituteurs ont été terribles envers les enfants qui parlaient une langue régionale... L'école de Jules Ferry a fait beaucoup de mal à ce niveau alors qu'elle a eu beaucoup d'autres effets positifs. Aujourd'hui il y a un vrai mouvement pour les langues régionales. Même l'Etat français s'y intéresse, encourage les recherches.

Comment faire en sorte que les gens continuent à parler une langue régionale ?

Il faut aimer sa langue et la rendre sympathique aux jeunes générations en leur montrant qu'elle est belle, sympathique, poétique, valorisante, que l'on peut faire des jeux, des plaisanteries avec. Et même des gros mots.

* frazenn  brasaet he lizherennoù gant aozer al lec'hienn.

nota: Henriette Walter vient de publier Arabesques, avec Bassam Baraké, Ed. Robert Laffont/Ed. du Temps